Où l’iPhone est transformé en wePhone.
Où la «prise de vue» est remplacée par la «prise de marche».
Où le film porte les fruits du hasard et de la détermination.
Où la publication des marches successives creuse le sillon d’une ville jouable.
Pour faire fonctionner le dispositif, nous avons développé les outils suivants :
Une base de données contenant les images et les sons collectés. Elle utilise une structure élaborée pour les besoins spécifiques du projet (les métadonnées nécessaires au fonctionnement du moteur de montage) ainsi que des champs standards de bases de données vidéo (métadonnées techniques principalement).
Un gestionnaire collaboratif utilisant et gérant les données et métadonnées de cette base: un CMS (Content Management System). Il s’agit de notre interface de travail à travers laquelle nous maîtrisons autant le placement des médias sur la carte de l’espace urbain que les critères avec lesquels les médias pourront potentiellement se lier les uns aux autres. Chaque média va être catalogué et indexé selon des critères subjectifs (thématique, sujet, type de montage possible etc) et objectifs (date de la prise de vue, cadre etc). Pour visualiser de plus près l’interface du CMS, aller sur l’adresse http://cms.walking-the-edit-data.net: login WE, mot de passe «recherche».
Le moteur de montage. Il s’agit d’un algorithme qui fonctionne à partir de variables éditables via le CMS. Nous pouvons ainsi déterminer des règles de montage (par exemple la continuité thématique) et la transposition de la forme du parcours vers la structure du montage.
Le moteur de montage s’occupe dans un premier temps de déterminer la forme du parcours (linéaire, chaotique, recoupements etc) afin de constituer la forme du montage; puis il va chercher dans la base de données les séquences qui conviennent le mieux à l’analyse de la forme et aux impératifs des règles de montage.
C’est la pièce maîtresse du dispositif qui nécessite le plus de travail de recherche et d’innovation - il n’existe pas de solution équivalente à notre connaissance.
Un logiciel pour l’iPhone. Encore embryonnaire et au stade de prototype, notre logiciel WE sera librement téléchargeable, mais ne fonctionnera qu’en lien avec un espace préparé pour le projet (tournages, indexation). L’iPhone sert avant tout à enregistrer les données du parcours (via son GPS et l’accéléromètre) et à les envoyer à un serveur, qui va les analyser pour confectionner une playlist (le montage), permettant de renvoyer un flux audio ainsi que les données nécessaires à la visualisation du processus en cours.
Un site web. La plateforme essentielle pour visionner ce qui s’est tramé sur le territoire urbain: le parcours dessiné sur la ville ainsi que le film résultant. Le site web, en tant que lieu de partage des films résultants, est le point de convergence du dispositif.
Le projet de recherche a permis d’élaborer une méthodologie de tournage spécifique basée sur les points suivants:
penser fragmentaire: il ne s’agit pas de filmer dans le but de constituer une continuité narrative prédéterminée (comme n’importe quel film classique), mais de produire des “briques de base” (les plans) qui doivent pouvoir être combinables en fonction de l’analyse du parcours et des règles de montage. Il n’y donc ni scénarisation du contenu ni éditorialisation du territoire à une échelle qui dépasse la combinaison de deux plans.
penser liens: autant lors d’une prise de vue improvisée que lors d’un tournage organisé par avance, il s’agit d’analyser en temps réel les diverses «trames» qui se développent devant la caméra (thématique, action, protagonistes etc) afin de pouvoir lier chaque prise de vue à un autre plan voisin (existant ou à créer). A ce propos, il est important de considérer que chaque plan doit pouvoir se lier à un autre de multiples manières: il n’y a donc pas de lien unique ou exclusif, mais toujours une multiplicité de liens qui pourront être activés en fonction des choix du moteur de montage.
penser collectif: de la même manière qu’il s’agit de faire des liens entre les plan voisins, l’un des enjeux importants pour garantir un bon équilibre entre hétérogénéité (des regards) et continuité (narrative) sera de faire connaître à chaque réalisateur et réalisatrice faisant partie de l’équipe ce qui est tourné par les autres personnes. Cela devrait permettre deux choses importantes: éviter les redites (chaque personne développe sa propre approche singulière et unique) et préciser le liens entre ce qui a été tourné et ce qui devrait être créé.
penser obsession: plus le regard et l’attention sont ciblés, meilleure pourra être la caractérisation de chaque plan. Les combinaisons et liens entre plans fonctionneront mieux si chaque élément a une identité claire et directement lisible; s’il y a trop d’éléments et de possibles dans un plan, il est difficile d’y trouver un lien causal par rapport à ce qui précède et ce qui va suivre (dans le film final). Ce qui veut dire, par exemple, que les plans larges sont plus difficiles à intégrer que les plans serrés.
penser hétérogénéité: l’une des caractéristiques marquantes du projet est de partir avec le postulat qu’il faut avoir – dans le cadre d’un travail collaboratif - une constellation de points de vue à la subjectivité (originalité) marquée plutôt que de viser l’interchangeabilité. Le film résultant se base sur le pari de pouvoir passer d’une subjectivité à l’autre, d’un point de vue marqué à un autre.
penser qualité: vu que chaque prise de vue (ou de son) doit exister en tant que telle, il est important de ne pas perdre d’esprit lors du tournage qu’il y a très peu de rattrapages possibles par après (contrairement au montage classique où il est encore possible de gommer des imperfections) - ce qui veut dire qu’il faut vraiment partir dans l’esprit du “tourné-monté” en veillant tout autant à la qualité artistique du regard que la technique, qui doit être parfaite.
Nous allons nous tenir tant que possible à ce cadre de travail, tout en restant souples face à des situations imprévues ou en cherchant à développer d’autres pistes méthodologiques.
Il est important de mentionner ici qu’il faut une masse importante de plans pour garantir un résultat de qualité (on peut dire que la grande quantité de plans fera une bonne part la qualité des films résultants). Mais comme dans la ville (et la vie) réelle, il ne s’agira pas de chercher à couvrir le territoire de manière homogène coûte que coûte: il y aura des quartiers plus ou moins densément peuplés, des rues presque désertes et d’autres très remplies. Mais comme le visiteur en prend conscience en temps réel lors de son parcours via la représentation graphique du processus de montage en cours (cf l’interface graphique présentée en page 4), ce sera à lui de chercher le vide ou le plein en fonction de son humeur ou de ses intuitions.
Nous allons travailler sur une période de 5 à 6 mois en formant 4 à 5 petites équipes de tournages (caméra et son). Chaque équipe s’organise de manière flexible et individuelle, tout en cherchant à développer la complémentarité aux autres équipes de tournage (que ce soit au niveau de la répartition du territoire, des thématiques ou des moments de tournage). Des séances de visionnement collectives vont être organisées tout au long de cette période. Il est envisageable (voire souhaitable) de garder quelques jours de tournage pour la période qui suit la présentation publique, afin de continuer à alimenter et faire évoluer notre base de données.
Au niveau technique, nous allons principalement tourner avec des caméras HD professionnelles (type HVX-200 de Panasonic), mais également faire des images avec d’autres appareils digitaux (caméras photographiques, smartphones) dans le but de créer des variations esthétiques et formelles marquées. Nous allons par contre nous tenir de manière stricte au format 16/9.
Concernant le travail avec le son, nous allons faire un effort particulier dans la création de fragments sonores de haute qualité. Il faut considérer que la première relation avec le film passe par le son qui doit donc être suffisamment explicite pour permettre d’imaginer le film tout en stimulant l’imaginaire à travers une richesse de plans sonores.
Nous allons passer tout prochainement aux nouvelles versions des films calculés avec le nouveau moteur de montage, donc il peut y avoir ces jours quelques perturbations sur le visionnement des vidéos (dû aussi au passage de la technologie flash au html5).
Après quelques mois de chantier sur le nouveau moteur de montage, la nouvelle interface d'édition et d'indexation et le passage au html5 - voici enfin ! les nouvelles bases pour commencer à tester le dispositif.