TERRITOIRE SENSIBLE

INTRODUCTION:

Il s’agit ici de la recherche du fil rouge, de la colonne vertébrale qui traverse autant le fond que la forme du film - et qui doit donc également pré-exister à la visite.
Le fait de chercher cette colonne vertébrale découle du fait que l’on peut « réduire » un film à son thème, son point de vue (et à un certain nombre d’autres composants); c’est d’une certaine manière ce qui précède le geste de filmer et ce qui (devrait) perdure(r) dans la tête du spectateur.

Pendant longtemps, nous avons utilisé le terme “thématique” pour rassembler dans un ensemble (une zone, un territoire) les médias qui pourraient se combiner thématiquement, mais cette appellation a beaucoup été questionnée durant cette première phase de recherche: trop didactique, réducteur, pas assez précis ni évocateur…

grillage

Déjà vu ailleurs

En parallèle, vu le choix de filmer l’espace urbain et d’en faire le sujet premier du film, on peut également procéder au même découpage de la ville en « strates », en sachant que comme dans un film, ce que nous appelions les thématiques continue à exister même si « on ne le voit pas ou plus ».
Par contre, à l’inverse du film qui utilise le cadre et le montage pour mettre hors champ la complexité du réel afin de pouvoir se concentrer sur une thématique (justement), notre relation quotidienne à la ville ne favorise pas ce filtrage.

C’est là que réside l’une des questions que le dispositif va essayer de résoudre : sera-t-il possible de mettre le visiteur dans un état suffisamment attentif et curieux pour qu’il cadre et tisse des liens entre ce qu’il voit et ce que l’interface de navigation lui propose (piste audio et layers graphiques sur le module embarqué), le tout dans la perspective du film qui est en train de se faire ?

AJOUTER QUELQUES ÉTAGES AU RÉEL

Le parti pris de départ consiste à présenter au visiteur une carte sur laquelle il voit une représentation évocatrice de la base de données (les médias), superposées à la carte de la ville. Cela implique qu’il peut donc choisir, en connaissance de cause, le groupe de médias qu’il a envie de voir groupé et monté; il faut donc garantir autant la lisibilité de l’énoncé (thématique) que la compréhension de l’interface - nous en sommes venus assez naturellement à vouloir présenter ces zones ou strates de données par des nuages.

Notre nuage: on le voit, mais on ne peut pas l’appréhender physiquement… c’est une forme complexe et simple à la fois, unie et chaotique ; on peut y entrer (parfois – en avion ou alors l’hivers en plaine), la réalité s’estompe, ou plutôt, se réduit. Et c’est justement le but de l’opération, la réduction de la réalité pour aboutir à en retenir que 2 ou 3 de ses composants.

Plusieurs possibilités de définir ces strates de nuages existent, nous en avons étudiées plusieurs durant cette première phase:

- Découpage par “rapports à”: rapport politique; rapport émotionnel; rapport physique; rapport métaphysique; rapport intellectuel. C’est le découpage qui a tenu le plus longtemps - nous l’avons finalement abandonné à cause de son côté un peu “sec”, les divers rapports nous semblaient en outre se contenir les uns les autres;
- Découpage “sociologique”: travail; loisir; famille; religion; … Vite écarté, vu qu’il ne s’agissait pas de faire un film trop analytique et “casé”;
- Découpage “poétique”: ruine; construction; dérive; rencontres; … Nous ne sommes pas parvenus à garantir une certaine homogénéité dans les termes utilisés, ni de les mettre sur le même niveau;
- Découpage “morphologique” (considérer la ville comme un organisme): cerveau; coeur; foie; … La démarche artistique actuelle ne va pas dans cette direction “au corps”, mais ce découpage peut proposer des images intéressantes.

nuages kitsch

Le soleil est toujours jaune ici

Finalement, ce que nous avons retenu est la proposition suivante: découpage en 3 “types de postures” que l’on peut prendre face au réel:

  1. analytique: observation / passif -> dehors

    carte bleue proche

    un nuage à grande échelle

  2. engagé: vie / interaction -> dedans

    carte rouge avec titres

    un nuage avec layer titres artistiques des médias

  3. poétique: esthétique / paysage -> dedans et dehors

    carte verte large

    un nuage à moyenne échelle avec titres des médias

Cette manière de voir suppose qu’il n’y a pas d’exclusion d’une posture par rapport à une autre: elles co-existent toutes en même temps mais les rapports entre elles fluctuent - et c’est justement les pondération et variations qui nous intéressent ici.
Ces postures sont assez proches du découpage proposé par Deleuze lorsqu’il découpe un film par type de plans - il distingue “image - perception”, “image - affection et “image - action”.

Ce que nous voulons tenter maintenant est la chose suivante: affecter une posture à chaque média tout en lui indiquant une valeur (entre 0 à 100) - sachant qu’un média peut être affecté à plus d’une posture.

Nous avons également déterminé la manière dont pourront être visualisés ces nuages (on a piqué cette séparation quelque part - c’est très classique):

→ 1 analytique en bleu
→ 2 engagé en rouge
→ 3 poétique en vert

La dernière chose qui restait à trouver, était le terme qui regroupe ces 3 nuages - car le terme posture utilisé ci dessus est décidément trop connoté.
Lors de l’écriture de ces pages, nous avons provisoirement rassemblé toutes ces questions (importantes) sous une appellation sans doute un peu trompeuse mais nous l’espérons plus évocatrice de “territoire sensible”.

… à suivre…

SHANGHAI

Ceci n’est pas encore Renens