CONCEPT
Ce qui suit est une proposition de concept artistique visant à donner une idée la plus précise possible des résultats escomptés, tout en proposant déjà quelques pistes techniques et méthodologiques.
Ce concept donne un cadre déterminant au niveau des variantes possibles que les deux phases de recherche vont ensuite tester et éprouver ; cependant il est clair que le résultat final dépendra fortement des possibilités et contraintes que la recherche va mettre à jour.
Le concept s’appuie principalement sur un dispositif constitué d’interfaces qui traduisent (ou mieux : qui filtrent) les médias et de situations qui conduisent (ou mieux : qui stimulent) le visiteur-spectateur dans sa relation avec le dispositif (l’ensemble interfaces + situations) - le tout dans le but de lui permettre de créer des films à travers ses trajectoires urbaines.
Il y a 3 types d’interfaces :
1) interface de navigation : le module embarqué affiche la carte de l’espace urbain investi par le projet, avec en superposition une représentation partielle de la base de données média via des zones sensibles activables (présentés sous forme de nuages en strates) et les noms des médias.
Prêté au visiteur le temps de son parcours, ce module embarquant un GPS affiche son parcours et sa position actuelle dans la ville, diffuse dynamiquement des sons (qui donnent une idée du film en train d’être marché) liés à la caractéristique unique de son parcours. Cette interface est manipulable à travers un menu et permet un certain nombre d’actions (affichage de layers, zoom, affichage d’informations liées au parcours, statistiques etc).
2) interface de la ville : la réalité de la ville comme “support” stimulant l’imaginaire. Il ne s’agit pas d’une interface artificielle, mais bien de l’espace réel dans lequel on doit être (en mouvement ou statique) pour générer le ou les films. Il n’y a pas d’ajouts matériels ou « d’augmentation » de l’espace réel par des voies digitales hormis les informations d’affichage explicitées ci dessus ; le rapport à la ville devrait rester le plus « nature » possible.
3) interface web : le navigateur comme écran et outil de contrôle du film. Cette interface va comporter un espace privé (login pour les visiteurs ayant marché un film) et un espace public (ouvert et sans login), présenter le résultat, des informations et des outils de contrôle, être ergonomique, avoir une esthétique en adéquation avec le contenu…
Les deux premières interfaces co-existent et fondent le moment de la production (il s’agit en fait, si l’on se base sur une définition venant du jargon cinématographique, du moment de la post-production) ; puis, après un temps dévolu à l’analyse automatique de données et de la mise en ligne du film, la troisième interface interviendra au moment de la diffusion.
Il y a 2 types de situations (pour le public, sachant que d’autres situations existent mais seulement pour l’équipe de réalisation) :
1) la « dérive » urbaine : l’oscillation du visiteur entre la représentation figurée (la carte), la représentation du territoire sensible (les nuages) et la réalité de la ville elle-même. La mise en situation à travers l’interface et la préparation préalable (les informations données sur le dispositif, les exemples diffusés publiquement de films déjà « marchés », etc) devraient amener le visiteur à focaliser son attention sur le type de rapport choisi, et à travers ce filtre de (re)découvrir l’espace et de faire travailler son imaginaire autour de la combinaison dispositif ↔ espace urbain.
2) la navigation sur le site web contenant le(s) film(s) marché(s) et toute l’interface de contrôle de ce celui-ci : le gros du travail de montage ayant été fait (l’itinéraire réalisé), cet espace-là propose au spectateur d’entrer en relation avec « son » film et d’en décider l’éventuelle publication.
Ce moment de découverte de son film pourrait amener le visiteur devenu spectateur à interagir via l’interface avec son film (utilisation de « drop-zones »), de repenser à son itinéraire en rapport avec le résultat mais également avec les autres films visibles dans la partie publique du site. Peut-être que la navigation sur le site lui donnera envie de refaire un tour afin de réaliser un film plus maîtrisé – ou tout simplement par curiosité de découverte des autres médias encore « cachés » dans l’espace urbain…
Ce qui ressort de ce dispositif, est l’importance des principes déterminants les interfaces et les situations : le fait de changer un principe peut modifier les résultats escomptés de manière plus ou moins importante.
La recherche déterminera si les principes prévus peuvent fonctionner, mais elle va également mettre à l’épreuve des variantes ou compléments qui sont décrits tout au long de ce site.
Plus généralement, nous allons mettre en jeu et éprouver les divers types de relations que nous tissons avec l’interface en nous posant les questions suivantes:
- en quoi et comment une interface peut stimuler ou au contraire éteindre notre relation au réel ? Cela va de la situation de la prise de vue, de l’indexation ou de la dérive à la visualisation du film sur le site internet;
- comment une interface peut-elle traduire des informations (métadonnées) liées à un espace réel ou à des médias en stimulant notre imaginaire ? Cela en pensant surtout au moment de la préparation des tournages, de l’indexation ou de la simulation du catalogage des médias
- en quoi une interface peut-elle favoriser une (ré)-appropriation d’un territoire réel et de médias à priori étrangers ? Cela en pensant surtout au statut du territoire (non connoté de prime abord) et des médias (non connus, donc dénués d’importance).

